Kimberley Process Civil Society Coalition

Diamants et au-delà: la Coalition de la Société Civile trace la voie d’une gouvernance minière responsable et centrée sur les communautés

Du 26 janvier au 1er février 2026, la Coalition de la Société Civile du Processus de Kimberley (CSC PK) a tenu sa réunion annuelle de planification à Freetown, en Sierra Leone.

Les échanges se sont inscrits dans un contexte mondial marqué par une crise profonde de l’industrie du diamant, l’échec du dernier cycle de réforme du Processus de Kimberley (PK) et la restriction croissante de l’espace civique dans de nombreux pays notamment en Afrique. Face à ces réalités, les membres dans la Coalition ont conjointement consolidé leurs activités de défense des droits humains et environnementaux des communautés affectées par l’exploitation diamantifère.

Malgré un Processus de Kimberley dans l’impasse, une coalition active

Les participants ont tout d’abord fait le point et évalué les activités menées en 2025 en soulignant les progrès réalisés mais aussi les défis persistants. Un constat demeure : les communautés affectées par l’extraction des diamants, tant artisanale qu’industrielle, restent encore trop souvent victimes d’abus des droits humains et de dégradations environnementales, comme le démontre le documentaire Beyond Shining Illusions, produit par la Coalition en 2025. Les conclusions du documentaire ont été examinées et abordées par un large éventail d’acteurs issus des pouvoirs publics, de l’industrie du diamant et de la société civile.

En dépit de l’urgence, le Processus de Kimberley a achevé un nouveau cycle de réforme sans avancée significative pour la lutte contre les diamants teintés de violences. Alors que l’attention se tourne vers les minerais de la transition énergétique et digitale, le secteur et des personnes qui en dépendent ne doivent pas passer sous les radars.

Le partage d’expérience par les membres ont réaffirmé le rôle central de la société civile – et de sa mise en réseaux – dans la mobilisation pour une exploitation des ressources minières plus responsable et équitable.

Les diamants naturels menacés et des bénéfices manqués pour les communautés affectées

Afin d’élaborer une stratégie d’action efficace, les participants à la réunion ont échangé sur le contexte mondial. La chute des prix des diamants naturels et l’envolée des parts de marché des diamants synthétiques a des conséquences directes pour les Etats producteurs africains, les recettes fiscales et les communautés minières. Le Botswana, par exemple, pour qui les ventes de diamants représentaient autour de 30% du PIB subit la crise de plein fouet. Il est alors primordial que la pression sur les recettes fiscales ne compromette pas le respect des standards sociaux et environnementaux.

D’autre part, des milliers de creuseurs artisanaux dépendent des revenus des diamants. Il est remarquable que le prix moyen par carat d’un diamant puisse avoir des écarts massifs entre des pays comme l’Angola et la RDC. Il est donc important de réaffirmer la valeur tant économique et sociale que peuvent apporter les diamants naturels.

Un cadre stratégique renouvelé: tirer les enseignements de la gouvernance des diamants à l’heure du rush vers d’autres minerais

Dans son nouveau plan stratégique (2026-2028), La Coalition entend s’appuyer sur ses deux décennies d’expérience en tant que pilier de la société civile au sein du Processus de Kimberley pour faire avancer une gouvernance mondiale des diamants – et des minerais en général – plus responsable.

Face à l’impasse du Processus de Kimberley, la Coalition continuera à mettre en lumière les limites de la définition actuelle des diamants de conflits afin qu’elle ne trompe plus les consommateurs. La CSC PK souhaite travailler avec les Etat participants volontaires à l’amélioration des conditions dans la chaîne d’approvisionnement en diamant afin de concrétiser la valeur sociale des diamants naturels.

Au niveau national, chaque membre réitère son engagement à soutenir les communautés affectées par l’extraction minière et promouvoir des retombées positives. Ceci se traduit notamment par la promotion d’une formalisation de l’artisanat minier aux bénéfices des communautés et un plaidoyer sur les bonnes pratiques en matière de mitigation des impacts de l’extraction, de mise en place de mesures de responsabilité sociale des entreprises, et de politiques de contenu local.

La ruée actuelle vers les minerais stratégiques et l’or risque une nouvelle fois d’avoir des répercussions négatives sur les communautés touchées par l’exploitation minière. La Coalition appelle les États à tirer les leçons de l’échec du Processus de Kimberley afin d’éviter que l’exploitation de ces minerais (stratégiques) n’aggrave les violations des droits humains et environnementaux. De la même manière, la Coalition appelle le PK à s’ouvrir aux leçons d’autres initiatives en matière d’approvisionnement responsable pour se réformer efficacement. Fort de l’expertise de ses membres sur les diamants et le PK mais aussi sur de nombreux autres minerais et initiatives, la Coalition se positionne en hub de connaissances et d’échanges sur l’extraction minière. Son objectif: décloisonner les dialogues (diamants, or, minerais critiques) afin de faire progresser la gouvernance minière de manière holistique et structurelle.

Ce nouveau plan reflète une volonté claire de renforcer une action collective et proactive, où la société civile détient une place centrale et agit en tant que pont entre les différentes parties prenantes parmi les communautés affectées, le secteur privé, et les acteurs institutionnels.

Gouvernance interne et leadership régional

Observant ses principes de gouvernance, la Coalition a également organisé une transition de leadership pendant sa réunion à Freetown. Jaff Bamenjo (RELUFA, Cameroun) qui a activement agit en tant que coordinateur de la KP CSC pendant son mandat de deux ans à passé le relais à Abu Brima, directeur exécutif du NMJD (Sierra Leone) et fervent défenseur des droits des communautés depuis la création même du Processus de Kimberley. Farai Maguwu (CNRG, Zimbabwe) a quant à lui été élu Vice-Coordinateur.

Cette transition s’est accompagnée d’une élection de nouveaux responsables régionaux chargés de coordonner les activités des régions et de les représenter au sein du comité de pilotage de la Coalition.

  • Afrique de l’Ouest : Mohamadou Lamarana Diallo (Actions Mines Guinée)
  • Afrique australe : Lemeke Koo (MCDF, Lesotho)
  • Afrique centrale : Paul-Crescent Beninga, (CCRAG, République Centrafricaine)

La réunion annuelle de planification qui s’est tenue à Freetown en 2026 était une nouvelle étape dans la lutte pour une gouvernance minière responsable, équitable et centrée sur les communautés. Grâce à un plan stratégique ambitieux et allant au-delà des diamants, la Coalition de la Société Civile du Processus de Kimberley se positionne plus que jamais comme un moteur de changement face aux injustices dans le secteur extractif.

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