Kimberley Process Civil Society Coalition

La société civile s’inquiète du repositionnement du Processus de Kimberley en un outil de promotion des diamants naturels plutôt qu’en un mécanisme de prévention des conflits

Discours de clôture de la société civile lors de la réunion intersessionnelle du Processus de Kimberley à Mumbai – 14 mai

Nous avons constaté avec une profonde inquiétude une tendance croissante au sein de ce forum à repositionner le Processus de Kimberley (PK) principalement comme un outil de promotion de l’image de marque des diamants naturels. SI nous comprenions les pressions économiques auxquelles l’industrie est confrontée, et si nous aimerions que les discours positifs promus ici reflètent pleinement les réalités sur le terrain, la société civile doit souligner que la gouvernance du secteur diamantaire et les pratiques minières, dans de nombreux contextes, ne répondent toujours pas aux normes que ce mécanisme a été créé pour faire respecter.

Le PK n’a pas été établi comme une structure de promotion du commerce. Son mandat principal reste la prévention du financement de l’insécurité et des conflits par les diamants, et sa légitimité dépend de sa capacité à relever ces défis de manière crédible et transparente.

Il est donc frappant de constater que les priorités exprimées de manière croissante au sein de ce forum contrastent fortement avec la manière dont bon nombre de ces mêmes gouvernements présentent le Processus de Kimberley sur la scène internationale. Permettez-moi de citer un extrait de la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies adoptée en avril 2025 :

« L’Assemblée générale encourage le renforcement du Processus de Kimberley afin d’améliorer son efficacité à relever les défis auxquels sont confrontés l’industrie diamantaire et les communautés concernées, notamment ceux liés à l’instabilité et aux conflits, et de veiller à ce que le Processus de Kimberley reste pertinent pour l’avenir et continue de contribuer à la paix et à la sécurité internationales ainsi qu’à la réalisation du Programme 2030 et des objectifs de développement durable ; elle se réjouit à la perspective d’explorer davantage et de faire progresser les moyens par lesquels le Processus de Kimberley contribue à la consolidation de la paix et au maintien de la paix. »

Cette formulation reconnaît que la pertinence future du Processus de Kimberley ne sera pas assurée par le marketing, mais par des efforts concrets visant à renforcer son efficacité, sa crédibilité et sa contribution à la paix, à la sécurité et au développement.

Plutôt que de transformer le Processus de Kimberley en un outil de marketing, les participants et l’industrie devraient se concentrer sur l’amélioration des réalités sur le terrain. La baisse des prix des diamants naturels affecte non seulement les entreprises et les gouvernements des pays producteurs, mais aussi les communautés qui dépendent de l’exploitation diamantifère. Les mineurs artisanaux sont confrontés à l’épuisement des gisements et à la chute des prix, les travailleurs des grandes mines perdent leur emploi, et le financement des programmes sociaux et environnementaux est soumis à une pression croissante.

Le Processus de Kimberley ne peut vendre une crédibilité qu’il n’a pas acquise. Sa pertinence à long terme dépend de la mise en œuvre efficace et transparente de son mandat.

Pour la société civile, cela nécessite des progrès tangibles dans les domaines suivants :

  1. Empêcher que les diamants ne financent les conflits

Empêcher que les diamants ne financent les conflits est au cœur du mandat du Processus de Kimberley. Pourtant, en 2025, le PK a une nouvelle fois échoué à réformer sa définition des diamants de conflit. La violence, les violations des droits humains — quel qu’en soit l’auteur — et les dommages environnementaux liés aux diamants ne disparaîtront pas grâce à des campagnes de marketing. Le Processus de Kimberley ne peut se permettre d’attendre le cycle de réforme de 2028 pour enfin commencer à s’attaquer à ces réalités.

  1. Promouvoir un approvisionnement responsable

L’approvisionnement responsable doit donner la priorité aux droits et au bien-être des communautés affectées par l’exploitation diamantifère, et non se contenter de rassurer les consommateurs.

Le défi de la réforme va bien au-delà de l’élargissement de la définition des diamants de conflit. Le PK doit dépasser une approche binaire et formaliste de la conformité et de l’examen par les pairs. Il devrait développer des outils plus efficaces pour identifier les risques, remédier aux défaillances de gouvernance et communiquer de manière transparente tant sur les progrès que sur les lacunes persistantes. La société civile reste préoccupée par le manque d’ambition à cet égard.

L’opacité du commerce des diamants continue de nuire à l’approvisionnement responsable. Une plus grande transparence sur l’origine des diamants et la chaîne de traçabilité est essentielle pour une diligence raisonnable et une responsabilité effectives.

La traçabilité nécessitera des solutions technologiques, mais la technologie seule ne suffit pas. La question clé est de savoir ce que la traçabilité est censée accomplir : comprendre les impacts, identifier les risques et prévenir les préjudices. Les solutions doivent donc être inclusives, adaptées au contexte et conçues conjointement avec toutes les parties prenantes, en particulier pour éviter d’exclure le secteur de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle.

La structure du PK peut être un atout si elle est mise à profit efficacement. Si les systèmes de traçabilité doivent refléter les réalités locales, les participants et les observateurs peuvent collaborer sur l’interopérabilité et des approches communes afin que la traçabilité devienne un investissement collectif dans une amélioration progressive plutôt qu’une source supplémentaire d’exclusion.

  1. Accroître la transparence des données du commerce des diamants

L’échange de statistiques du commerce des diamants entre les participants est précieux, mais l’ouverture de la base de données statistiques du Processus de Kimberley à l’examen public renforcerait considérablement les efforts visant à détecter les flux financiers illicites, les transferts de prix abusifs, le blanchiment d’argent par le biais du commerce, la contrebande et la fraude. Une plus grande transparence améliorerait la responsabilité et contribuerait à restaurer la confiance dans le système.

  1. Faire progresser la gouvernance du diamant par un dialogue ouvert

Le Processus de Kimberley met souvent en avant son rôle de forum de dialogue. Un véritable dialogue exige toutefois une ouverture vis-à-vis des échecs, la volonté d’aborder des réalités dérangeantes et la disposition à travailler collectivement à la recherche de solutions.

Ce dialogue devrait également s’ouvrir à l’expertise externe et aux évolutions plus larges en matière de gouvernance minière. Les pays producteurs réforment activement leurs cadres juridiques, renforcent la surveillance et cherchent à accroître les retombées locales. Le Processus de Kimberley devrait s’engager dans ces dynamiques et en tirer des enseignements plutôt que d’opérer en vase clos.

La société civile se félicite des discussions franches au sein du Groupe de travail sur la production artisanale et alluviale, y compris des efforts renouvelés en faveur d’un dialogue régional en Afrique centrale. Ce sont précisément le genre de discussions que le Processus de Kimberley devrait encourager et développer.

Nous saluons également l’évaluation plus ouverte des rapports annuels par le Groupe de travail sur le suivi, qui offre davantage de marge de manœuvre pour identifier et traiter les lacunes de mise en œuvre.

  1. Soutenir un Secrétariat du PK crédible et efficace

Nous saluons les participants et observateurs qui continuent de soutenir financièrement le Secrétariat du Processus de Kimberley. Nous sommes préoccupés par le fait que certains membres souhaitent façonner l’avenir du PK tout en ne contribuant pas au maintien de l’une des rares avancées institutionnelles significatives du dernier cycle de réforme.

Le Secrétariat reste essentiel à la professionnalisation et au bon fonctionnement du PK. Pourtant, les discussions de cette semaine ont montré à quel point ces progrès restent fragiles. Un Secrétariat professionnel et doté de ressources suffisantes est indispensable si le PK prend au sérieux la réforme, la mise en œuvre et la crédibilité. Le Secrétariat doit donc se voir attribuer les moyens nécessaires pour remplir son mandat.

Pour conclure, je reviens au message de nos remarques liminaires : la confiance passe par l’honnêteté.

Si le Processus de Kimberley cherche à gagner en crédibilité, il doit communiquer honnêtement sur ce qu’il est, ce qu’il peut réellement accomplir et où il continue d’échouer. Il ne peut prétendre garantir un commerce de diamants sans conflit tout en ignorant la violence liée aux diamants ou les conflits financés par les diamants.

C’est pourquoi nous exhortons les participants à ajouter un quatrième « C » aux priorités de cette année que sont « la confiance, la conformité et la crédibilité » : l’engagement (Commitment en anglais). La crédibilité commence par un engagement envers les communautés touchées et en faveur d’une réforme significative.

Farai Maguwu, 

Vice Coordinateur de la Coalition de la Société Civile du Processus de Kimberley

Plus d’informations : info@kpcivilsociety.org

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